Journée d'étude Champ-G

Publié le 16.07.2011

Nos dernières "journées d'étude" Champ-G, sur le thème "Eros - Ethos : l'enjeu de sexualité au cœur de nos pratiques de Gestalt-thérapeutes", ont eu lieu les vendredi 25 et samedi 26 novembre 2016.

André COMTE SPONVILLE est intervenu le vendredi 25 novembre sur le thème "L'amour et le sexe". Le samedi 26 novembre, les participants à ce temps de formation avancée ont assisté à 3 interventions en plénière et ont pu choisir entre 10 ateliers théorico-cliniques.

 

Parution imminente des Actes 2016 


  • vendredi 25 novembre 2016
    Intervention-débat de André Comte-Sponville

Qu’est-ce que la sexualité ?
Selon André COMTE-SPONVILLE, ‘‘C’est l’ensemble des affects, des fantasmes et des comportements qui sont liés, fût-ce de façon seulement imaginaire, à la jouissance du corps d’un autre, ou du sien propre, en tant qu’il est sexué’’. 
Il s’agit d’une fonction incontournable chez l’être humain, définie par les neurosciences affectives comme un des 7 circuits émotionnels de survie de notre espèce et un des trois systèmes émotionnels précurseurs de l’amour.
Sexualité et psychothérapie sont indissociables depuis que Freud a révélé les liens entre certaines névroses et le développement psychosexuel chez l’enfant. Selon lui, la sexualité concerne la totalité de l’être, puisqu’elle est présente dans la psyché comme dans le soma, dans l’actualité du désir, comme dans l’histoire relationnelle de chaque personne. Elle suscite interdictions et permissions, promesses et déceptions, sérénité et inquiétude... Jusqu’à en arriver parfois à des troubles spécifiques susceptibles de la perturber dans son ensemble et dans ses racines.

Socialement,  après une période dite de libération de la sexualité, ne sommes-nous pas  dans des nouvelles formes de reflux et d’aliénation de la sexualité ? La pression du conformisme que nous avons chassé par la porte ne revient-elle pas par la fenêtre? Libres oui, mais assujettis à des modèles de beauté, de performance : ‘‘Ironie terrible de l’émancipation ; hommes et femmes à la fois victimes et complices, se persécutent les uns les autres au nom de la jeunesse, de la forme, de la vénusté. Tout ce qui fut un jour un instrument de libération est devenu aussi un outil d’asservissement’’. C’est selon Pascal BRUCKNER, ‘‘la malédiction des libertés acquises’’. L’image brutale remplace la parole intime. Le sexe et l’érotisme sont devenus un enjeu narcissique et  économico-commercial. Bien que saturé d’informations, l’individu semble  le plus souvent rester seul avec cet enjeu essentiel.

En psychothérapie, comment ouvrir une  parole vers ce thème si intime ? Comment différencier et aussi relier les enjeux d’attachement, les enjeux d’estime de soi et les enjeux d’amour et d’érotisme ? Comment repérer et accompagner les problématiques précoces d’intrusion, d’emprise, de perversion et leurs effets sur les relations affectives et intimes ? Comment reconnaître le désir, la séduction, au sein de la relation thérapeutique ? Comment aborder ces enjeux dans le respect du cadre déontologique, mais aussi dans une suffisante liberté de parole qui aide à traverser la honte et la  culpabilité ? Comment comme psychothérapeutes, reconnaître et dévoiler nos parties d’ombre, nos fantasmes, nos peurs, nos désirs ? Comment contacter tous ces affects liés au sexuel et pouvoir les mettre au service du processus thérapeutique avec nos patients ? C’est bien ce champ complexe et subtil, que nous souhaitons aborder dans notre journée d’études avec le désir d’ouvrir entre nous une parole vraie, de partager nos savoirs et ressources, mais aussi de regarder nos impasses, d’accepter nos doutes, et de reconnaître nos limites. 

 

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Samedi 26 novembre 2016

 

1) ‘‘La posture du sexologue 
      dans la prise en charge des troubles sexuels’’

 Intervention de Gilbert BOU JAOUDE, médecin sexologue

L’étude la sexualité humaine et la prise en charge de ses troubles ont été initialement influencées par les courants psychanalytiques et comportementaux. Ensuite, les découvertes médicales ont conduit à distinguer les éléments psychologiques des phénomènes physiologiques. Puis il a fallu quelques dizaines d’années pour enfin considérer la fonction sexuelle comme étant une entité basée sur un équilibre subtil et complexe entre les facteurs psychologiques, physiologiques et relationnels. C’est ainsi qu’est née au cours des dix dernières années une classification internationale des dysfonctions sexuelles incluant pour chacune de ces dysfonctions une perturbation fonctionnelle à une souffrance psychologique. Il est donc naturel de constater en pratique clinique que face à une dysfonction sexuelle, la psychothérapie et la sexothérapie ne peuvent se substituer l’une à l’autre ni se passer l’une de l’autre. En effet, même lorsque la cause du trouble sexuel est d’origine psychologique, la psychothérapie seule ne pourra pas forcément résoudre le schéma sexuel installé avec son cercle vicieux habituel et, à l’inverse, lorsqu’une fonction sexuelle est rétablie, les conséquences psychologiques subies pendant les difficultés sexuelles peuvent persister de façon indépendante. L’exposé de Gilbert Bou Jaoudé, médecin sexologue, président de Société Francophone de Médecine Sexuelle nous éclairera sur la posture du sexologue dans la prise en charge des troubles sexuels. Il fera le point sur les thérapies possibles et de la meilleure façon d’articuler la sexothérapie et la psychothérapie.



2) ‘‘Aborder la sexualité avec les couples’’

 Intervention de Carolle et Serge VIDAL-GRAF

Comment, en tant que psychothérapeute gestaltiste, aborder concrètement et respectueusement l’état de la vie sexuelle de nos patients ? De quelle compétence avons-nous besoin pour cela ? Pourquoi la plupart des couples échangent-ils si peu à propos de leur sexualité ? Comment aider les couples à acquérir plus d’aisance dans ce domaine ? Quelles sont les difficultés les plus courantes des couples en consultation et quelles peuvent être celles du thérapeute qui les accompagne ?

Carolle et Serge VIDAL-GRAF sont Gestalt- thérapeutes, psycho-sexologues, et auteurs de 4 ouvrages (‘‘Mais tu ne m’avais jamais dit ça’’/ ‘‘La Colère, cette émotion mal-aimée’’ / ‘‘Comment bien se disputer en couple’’  / ‘‘Couple rêvé, couple réel’’)

 

3) ‘'L’apport des neurosciences affectives’’

Intervention du groupe neurosciences affectives 

Ce groupe constitué de 8 participants a réfléchi autour de ce thème à partir des apports récents des neurosciences et des ouvertures apportées par ces recherches.

 

4) 10 ateliers  

Atelier 1
ABORDER LES QUESTIONS LIEES AU PLAISIR, A LA JOUISSANCE, AU BIEN-ETRE OU AU MAL-ETRE ?

Avec Charlotte LEDENT, sexologue et Gestalt-thérapeute & Yolande DU FAYET DE LA TOUR, Gestalt-thérapeute

Au cours d’un atelier interactif nous vous proposerons des apports didactiques, de l’expérientiel et des échanges autour des notions de plaisir et de jouissance. A l’éclairage de nos pratiques professionnelles, nous explorerons nos sentiments de peur, de honte, de dégoût, d’excitation, d’envie… ainsi que nos introjects, nos préjugés, nos parts d’ombre, nos croyances qui sont autant des limitations que des permissions pour nos patients. S’impliquer dans la relation avec eux au sujet de la sexualité, c’est s’impliquer soi-même avec notre capacité et notre rapport à l’intimité.

Atelier 2
QUESTIONS DE GENRE ET ORIENTATIONS SEXUELLES

Brigitte MARTEL, Gestalt-thérapeute, sexothérapeute, formatrice et superviseur & Jean-François GERVET, sexothérapeute, formateur et co-fondateur de l’ESOG

L’orientation sexuelle n’est plus considérée depuis 1992 en France comme une déviance en terme psychopathologique.
Sur les questions de genre, nous sommes en plein mouvement en ce moment, avec une remise en cause de la dualité du genre, et un développement de la parole des minorités sexuelles.
Ces tendances sociétales nous font revisiter notre posture de Gestalt-thérapeute, et nos introjects sur les questions de genre et d’orientation.  Comment chacun de nous est-il touché par ces thèmes ? Comment accompagner nos clients, plus ou moins à l’aise avec leurs préférences sexuelles, éventuellement atteints par la pression de la normalité sociale ? Quelles différences et quels liens y a-t-il entre les questions de genre et l’orientation sexuelle ?

Atelier 3
LA PLACE DE LA SEXUALITE EN PSYCHOTHERAPIE DE COUPLE 

Brigitte DEBONDU, Gestalt-thérapeute, formée à la PGRO, aux neurosciences affectives et à la thérapeute de couple

Tout comme l’argent, le lieu de vie, les enfants… la sexualité est un indicateur du fonctionnement du couple en effet elle peut devenir un lieu de tensions, d’évitements, de blessures ou d’échecs et est souvent liée à des enjeux d’attachement et d’estime de soi. De nombreux couples consultent afin de résoudre leurs difficultés à vivre ensemble. Comment et quand aider le couple à aborder ce sujet en thérapie pour comprendre, réguler, voire métamorphoser ces situations d’impasse ? Cause ou conséquence des problèmes du couple ? La complexité d’aborder ce sujet dans le dispositif à trois : intimité et sexualité - Quel recours à d’autres praticiens de sexologie clinique ? Partage et exploration d’outils éprouvés dans ma clinique, suivi d’échanges sur nos pratiques.  Cet atelier sera ponctué de vignettes cliniques et nourri par les questions des participants.

Atelier 4
ETUDE D’UNE SITUATION THERAPEUTIQUE           

Philippe CARDOT, Gestalt-thérapeute

A travers une étude de cas présentée sous la forme d’une narration, cet atelier abordera les enjeux développementaux Eros/Ethos dans la thérapie. Il tentera de donner des repères aux thérapeutes pour éviter le piège de confondre ces enjeux spécifiques avec ceux de l’attachement. A ce propos, nous verrons qu’une focalisation sur les traditionnels enjeux d’attachement pourrait annoncer un évitement des enjeux Eros/Ethos.
Les participants à cet atelier seront mis en situation d’observer selon les partis pris de la PGRO. A partir d’un dispositif groupal et analysant, nous pourrons appréhender la complexité de ces enjeux, saisir leur absence et en même temps leur permanence. Nous regarderons également quelles sont les conséquences pour la relation thérapeutique lorsqu’on maintient un refus de les considérer. Enfin pour ceux qui ne seraient pas familiarisés avec l’approche théorique de la PGRO, nous  proposerons un travail créatif complémentaire qui viendra étoffer notre étude.

Atelier 5
LE  TRAVAIL SPECIFIQUE EN CHAMP 1 EN PGRO

Susan MARKEL, psychothérapeute, formée à la Gestalt-thérapie (EPG, Champ-G).

Se définissant comme le traitement des impasses de contact, la PGRO postule que  des grandes situations inachevées issues d’enjeux développementaux se reproduisent dans différents champs expérientiels du client. La relation thérapeutique est un des  lieux de réactualisation de ces enjeux. Comment savoir de quel enjeu il s’agit lorsque surgissent des phénomènes de séduction, d’idéalisation, de connivence ? Comment reconnaître ces phénomènes et les mettre au travail au sein d’un dialogue herméneutique ? Le thérapeute peut-il reconnaître son désir et le nommer tout en préservant le cadre ? Jusqu’à quel point pouvons-nous en parler, sachant que les affects du thérapeute se manifestent de manière implicite et que, non dévoilés, ils risquent de nourrir une reproduction silencieuse ? Cet atelier d’expérimentation et d’échange autour de nos expériences viendra enrichir notre réflexion et nos compétences. Il s’inscrit dans la continuité d’un groupe de travail sur la même thématique, qui existe en région parisienne depuis le début de l’année.

Atelier 6
ADDICTIONS ET PERVERSIONS

Yves MAIRESSE, psycho-thérapeute, formateur, superviseur PGRO

La sexualité prend aussi des formes qui peuvent aliéner l’individu tant dans son rapport à lui-même que dans ses relations aux autres. Le contexte sociétal actuel peut favoriser ce que certains ont appelé une "perversion ordinaire." Comment aider aux prises de conscience ? Comment écouter les déviances ? Comment confronter chacun à sa responsabilité ? Comment aider l’individu pris dans le scénario pervers  à retrouver le sens de l’autre ? Cet atelier devrait permettre aussi de réfléchir en termes de reproductions croisées entre le pervers et ses victimes. Y-a-t-il un rôle social et politique  du psychothérapeute ?

Atelier 7
HISTOIRE(S) D’HOMME

Pierre VAN DAMME, Gestalt-thérapeute, formateur, superviseur et pratiquant zazen

Qui sont les hommes d’aujourd’hui ? Quels hommes consultent en psychothérapie ? A quelles difficultés affectives et relationnelles sont-ils confrontés ? Quels petits garçons et  adolescents ont-ils été ? Quelles entraves dans leur développement ont-ils rencontrées et particulièrement dans les enjeux eros-ethos ? Comment la psychothérapie du lien peut elle les accompagner pour les faire advenir à leur puissance d’homme ? Cet atelier, pour hommes ET femmes, est d’abord expérientiel : invitation à revisiter son histoire et présentation de vignettes cliniques pour mieux comprendre et accompagner les souffrances des hommes d’aujourd’hui.

Atelier 8
LA HONTE

Anne CLERGET, formée au Conseil Conjugal et Familial à l’EPE, Paris (Ecole des Parents et des Educateurs), à la Gestalt-thérapie et à la Relaxothérapie analytique à Savoir-Psy, Paris, diplômée 3e cycle PGRO (CIG Montréal), formée à la supervision didactique en PGRO (Champ-G)

La honte, quand elle est présente dans la sexualité, inhibe l’expression de la personne, l’empêche d’être vraiment en lien avec son partenaire et perturbe l’accès au plaisir. Nous examinerons successivement : comment la honte se manifeste dans la sexualité, quelles en sont les origines, comment elle se construit, dans l’histoire du sujet et dans l’histoire sociale, et comment la PGRO, enrichie des neurosciences affectives, permet de  travailler la honte.

Atelier 9
LE TANTRA : UN ART DE VIVRE AU QUOTIDIEN

Catherine OBERLE, Gestalt-thérapeute, coach, et créatrice de ‘‘l’Intimate Café’’

Dans le tantra (‘‘se relier’’ en sanskrit), il s’agit de tisser des liens avec soi-même, avec l’autre, avec l’univers. Voie d’éveil spirituel, le tantra regroupe un ensemble de pratiques visant à élargir le champ de la conscience et à mettre l’être humain au centre d’une trame qu’il tisse lui-même, un réseau dans lequel il se connectera avec les profondeurs de son être et avec le monde extérieur. Cette démarche passe par la conscience, la mobilisation énergétique, le corps, le souffle, l’énergie sexuelle et sa canalisation vers des espaces sacrés et la recherche de l’union entre l’homme et la femme. Il s’agit d’un processus d’ouverture du champ de la conscience et du champ énergétique. Durant cet atelier, proposition de découvrir des clés principales de ce ‘‘nouvel art de vivre’’ et d’expérimenter l’ici et maintenant dans l’énergie du tantra.

Atelier 10
HOMO/HETERO SEXUALITE : CLIVAGE OU DIFFERENCIATION ?

Anne LOCMANT et Isabelle MULLIEZ

Distinguer l’homosexualité de l’hétérosexualité : clivage ou distinction de situations qui n’ont pas grand-chose à voir entre elles, en termes d’expérience et de relation à l’environnement ? Si la première est aujourd’hui mieux admise, elle est encore souvent source de souffrance, de discrimination. Nous appuyant sur le livre de Marina CASTANEDA
‘‘Comprendre l’homosexualité’’, nous proposons un atelier-réflexion sur l’accompagnement des personnes concernées par l’homosexualité (pour elles-mêmes ou pour un de leurs proches). Comment prenons-nous cette dimension en compte dans nos cabinets ? Comment fait-elle figure ? Comment colore-t-elle le fond et les relations que nos clients entretiennent avec leur environnement ?…